Portrait : Michael Cimino, déçu de l'Amérique (3)
Pour Mike, le purgatoire commence et il dure encore aujourd'hui. Bouc émissaire, il n'a jamais réussi à
retrouver la place qui fut la sienne, et sa position dans les années 80 et 90 est plus que fragile. Il met
cinq ans à remonter un autre projet (L'Année du dragon), et sert entre temps de conseiller artistique sur
l'attachant Pape de Greenwich Village de Stuart Rosenberg. Le film porte la marque du cinéaste, jusque dans
les thèmes abordés et le choix de l'acteur (Rourke, encore et toujours), et on le soupçonne fortement d'avoir
touché de la caméra durant le tournage. Imdb le crédite d'ailleurs comme co-réalisateur. Les projets se font
rares, et plus personne ne veut de lui, que ce soit en tant que metteur en scène officiel ou scénariste
(quelques années plus tôt, il avait co-signé le scénario de The Rose, biographie libre de Janis Joplin).
Il travaille quelques temps sur Les Chiens de guerre ou sur Footloose. Arrive alors la nouvelle, enfin :
Cimino recommence à tourner. Les fans n'en peuvent plus d'attendre, le projet s'annonce énorme, il le sera
au point de déchaîner contre lui la communauté chinoise qui y voit une caricature de Chinatown.
L'Année du dragon est un semi échec financier, mais s'impose cependant comme un nouveau chef-d'œuvre
du cinéaste. La maîtrise de la mise en scène y est éblouissante, le scénario (portant la signature
d'Oliver Stone) est absolument bouleversant, les scènes anthologiques s'enchaînent de nouveau et Mickey
Rourke trouve là son plus beau rôle. Constituant une synthèse des œuvres de Stone et de Cimino, cette
histoire d'un flic irlandais, déraciné, perturbé par la guerre du Vietnam, est une claque énorme dont
la toute fin constitue la seule erreur. Remontage des producteurs pour les uns, incroyable beauté du
plan final pour les autres. Le mystère reste entier.
Le film remet un temps Cimino en selle. Il peine toujours à monter ses projets, il ne sort pas totalement de
son purgatoire, mais il redevient un cinéaste dont on parle, avec qui il faut compter. Spin-off du Parain,
tiré comme le film de Coppola d'un livre de Mario Puzo, Le Sicilien est sa seule véritable erreur artistique.
Christophe Lambert, alors en odeur de sainteté (Greystoke, Highlander, Subway…) y semble peu à l'aise, et on
reproche au cinéaste de faire l'éloge d'un mafieux. Le film est un nouvel échec (moins de deux millions de
recettes) et ne parvient pas à confirmer la potentielle sortie du désert que L'Année du dragon laissait
espérer. Il s'agit au demeurant du dernier "gros" film du réalisateur, qui se contentera par la suite de ne
tourner que deux œuvres plus discrètes, bien que véritablement réussies. Après Le Sicilien, Cimino n'existe
plus. Il rentre définitivement dans le no man's land des cinéastes qui tournent deux films par décennie non
par choix, mais parce qu'ils peinent à retrouver la confiance des producteurs. Au même titre qu'un Bogdanovich,
qu'un Denis Hopper ou qu'un Sam Peckinpah, Cimino empile les projets énormes sans jamais les tourner. Une
biographie de Dostoïevski, un film sur le Tour de France… On rêve de le voir un jour s'attaquer à ce qui
pourrait être son plus grand film, une adaptation de La Condition humaine d'André Malraux. Au lieu de ça,
il tourne Desperate Hours, un remake réussi d'un film de Wyler, passé totalement inaperçu lors de sa sortie
en salles, et Sunchaser, qui connaît un sort à peine plus enviable (présentation à Cannes en 96). Deux films
dans lesquels éclate la maîtrise formelle du cinéaste, mais surtout dans lesquels le dépit, la déception, la
tristesse de Cimino se font plus que jamais sentir. Il n'est plus à sa place, et se projette dans des héros
négatifs, rêveurs, déçus de l'Amérique. A la recherche d'un Graal qui n'existe pas - à l'image du personnage
indien Blue de son dernier film -, Cimino est un cinéaste de plus enterré prématurément. Malheureusement,
il s'agit aussi sans doute du plus grand metteur en scène américain de ces trente dernières années. Que la
paix soit devant lui, que la paix soit au-dessus de lui, que la paix soit tout autour de lui.
Box-office américain :
1.
Voyage au bout de l'enfer (1978)
$49,000,000
2.
Le Canardeur (1974)
$25,000,000
3.
L'Année du dragon (1985)
$18,707,466
4.
Le Sicilien (1987)
$5,406,879
5.
La Porte du Paradis (1980)
$3,484,331
6.
La Maison des otages (1991)
$2,742,912
7.
The Sunchaser
$23,107
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